Apoptose – 17.09 / 17.10.2015
L’éloignement et la chute. Apo et Ptôsis. Vocable du grec ancien désignant la chute des feuilles génétiquement programmée de cellules, en réponse à un signal.
Matthieu Blanchard appréhende la peinture comme un organisme vivant. En analysant ses réactions face aux signaux chimiques ou physiques qu’elle reçoit. En observant sa propagation sur le bois, le tissu, la pierre. En jouant avec ses états – liquide, gazeux, visqueux, solide.
La matière pour expérience scientifique. Composer et décomposer. Maîtriser, parfois, provoquer, souvent, et accepter l’erreur, la bactérie, le virus. L’auto-contamination du support. Faire réagir la matière, par tous les moyens, le plus longtemps possible, c’est s’éloigner de la peinture pour la laisser vivre. C’est retarder le processus, oublier un instant le signal de fin programmé : la pièce, le tableau.
A. С.


Karst – 01.02 / 09.03.2013
Samy Abraham: Matthieu, votre première exposition à la galerie s’intitulait « Bas de Cave », comme pour souligner votre condition de travail : une grotte, de trois mètres sur deux au maximum, dans le sous-sol de votre immeuble. C’est dans cette grotte que vous avez préparé les œuvres qui sont exposées aujourd’hui. Vous revendiquez l’importance de ce lieu humide et sombre dans la réalisation de vos peintures.
Matthieu Blanchard: Ces contraintes se sont révélées fondamentales dans mon travail. L’espace réduit, l’humidité, le manque de lumière et le repli de l’air ont eu une influence sur la composition des pièces et leur format. En effet, si elles étaient trop grandes, on ne pouvait pas les sortir de la grotte, si l’humidité était trop importante, la peinture se dégradait mais ne séchait pas.
SA: Au début de l’exposition, on peut voir une concrétion de peinture échappée de sa boîte, près d’une planche de bois qui vous servait d’établi. L’importance accordée au hasard et à l’interaction entre les outils et les matériaux confère une véritable autonomie à la peinture. Laissez-vous les choses se faire ?
MB: Les réactions physiques et chimiques m’intéressent. En pratique, c’est presque de l’alchimie. La combinaison des peintures, l’incorporation de corps extérieurs, participent à la magie du moment où la matière existait par elle-même. Le résultat n’est pas important, c’est le processus qui compte. J’ai une disposition à maltraiter la peinture, je l’imbibe, je la force à se fondre avec des éléments extérieurs, la poussière ou la terre que je peux et dans la grotte. Je laisse la matière faire ce qu’elle veut.


Let’s talk (again) about painting – 03.04 / 19.05.2013
La pratique de Matthieu Blanchard est étroitement liée à son lieu de production. Depuis plusieurs années, il a transformé sa cave (de trois mètres sur deux) en studio, un espace en retrait du monde, humide et mal éclairé. Il y mène une recherche sur la matière (les réactions physiques et chimiques de la peinture avec l’humidité, l’air, la poussière et d’autres matières) et la façon dont le hasard, les processus de production et le lieu de réalisation des œuvres influencent sa peinture. Comme si celle-ci était la création commune de deux entités : l’artiste et l’atelier, celui-ci ayant une vie propre. Ses tableaux sont le résultat de la superposition de couches picturales et de la manière dont la peinture vit à la surface de la toile (concrétions, « dégoulinures »).
Il utilise parfois des formes géométriques qui viennent contraster avec le résultat de ces actions non maitrisées.
Au verso de ses cimaises, Matthieu Blanchard a choisi d’accrocher des photographies de son atelier-cave. On y découvre ainsi les traces laissées par la peinture et la manière dont l’atelier se confond désormais avec les œuvres.
Clément Dirié, historien de l’art, journaliste, critique d’art, commissaire d’expositions indépendant et éditeur spécialisé en art contemporain, mars 2013.


Bas de Cave – 13.01 / 18.02.2012
La peinture de Matthieu Blanchard procède d’une longue cuisine, d’un brassage de matières près du sol. La turbulence des mélanges liquides et des vapeurs se combine à une lente besogne de retouche; un amoncellement contradictoire de matières d’origines diverses embourbées dans une tension perpétuelle entre leur nécessaire trans- formation chimique et un travail de construction picturale.
Avant de basculer, avant de sécher définitivement et devenir un tableau, la peinture aura traversé plusieurs seuils dont celui où à l’état de matière informe elle se dote d’un pouvoir de contamination étendu. La substance collante éclabousse, dégouline. Elle at- teint n’importe quelle surface du moment que celle-ci puisse offrir un minimum de porosité et assez de temps pour y sécher ou pas.
L’humidité d’une cave se prête à la dispersion de la matière picturale. En retardant son temps de séchage elle permet à la peinture de ne pas se figer et de pouvoir se répandre sur d’autres surfaces. Elle envahit l’espace de sorte qu’aucun support ne soit épargné.
Les empreintes de peinture se transmettent d’un matériau à l’autre sans se soucier d’une quelconque hiérarchie. Dans ce désordre d’apparitions, la toile perd son statut de support privilégié que lui disputent alors d’autres surfaces jusqu’ici déclassées.
Alors que la peinture dégouline et se laisse absorber partout où elle peut, elle pénètre des strates inférieures et invisibles où tout en disparaissant elle devient une résurgence imprévisible.
Bruno Botella, artiste, janvier 2012.

